Qui sont les gagnants et les perdants de la création monétaire ?
Une exploration de l’effet Cantillon et du rôle de l’inflation dans la redistribution silencieuse de la richesse lors de la création monétaire.
- bitcoin
- economics
- philosophy
L’expansion de la masse monétaire est souvent présentée comme un instrument essentiel de la politique économique, visant à stimuler la croissance ou à gérer la dette publique.
Cependant, une analyse critique révèle que ce mécanisme peut être interprété comme un transfert de richesse asymétrique, s’apparentant de fait à un impôt déguisé ou silencieux.
I. Création monétaire et richesse réelle : une dichotomie fondamentale
La prémisse de cette critique repose sur la distinction fondamentale entre la monnaie (un titre sur la richesse) et la richesse réelle (les biens et services produits qui répondent à des besoins).
• Le mythe de la richesse instantanée : la simple création de monnaie ex nihilo par une autorité centrale (l’État ou la banque centrale) n’augmente pas la capacité productive de l’économie, c’est-à-dire la quantité de biens réels disponibles (le “gâteau” économique). L’analogie est claire : émettre davantage de tickets d’accès à un stock limité ne fait que diluer la valeur de chaque ticket.
• La formule de l’inflation : l’injection de monnaie nouvelle dans un système dont les ressources restent constantes se traduit directement par une baisse de la valeur intrinsèque de l’unité monétaire. Ce phénomène, connu sous le nom d’inflation, nécessite mécaniquement une quantité plus grande de monnaie pour acquérir la même quantité de biens.
II. L’effet Cantillon : le mécanisme du transfert
La propagation de l’inflation n’est pas instantanée ni uniforme. Elle suit un chemin économique précis, un concept que les économistes nomment l’effet Cantillon, du nom de l’économiste Richard Cantillon (1680-1734).
Cantillon est souvent considéré comme le premier à avoir décrit l’impact non uniforme et séquentiel de l’introduction de nouvelle monnaie, qui est au cœur de l’idée d’un impôt silencieux.
1. Les bénéficiaires proches de la source (les gagnants)
Ceux qui reçoivent la monnaie nouvellement créée en premier (généralement l’État, les institutions financières et les grandes entreprises bénéficiant de contrats publics) profitent d’un avantage temporel décisif :
• Ils dépensent l’argent avant que les prix n’aient eu le temps de s’ajuster à l’inflation créée par cette injection.
• Leur pouvoir d’achat est donc temporairement surmultiplié : ils peuvent acquérir des actifs ou des biens réels aux anciens prix, bénéficiant d’un transfert de valeur non-consenti depuis le reste de la population.
Selon Cantillon : « L’augmentation de la monnaie… donne un avantage à ceux qui la reçoivent les premiers et met le désavantage sur ceux qui viennent après. »
2. Les acteurs éloignés (les perdants)
À mesure que cette nouvelle monnaie circule et se diffuse, elle fait monter les prix progressivement.
• Les derniers à recevoir cette monnaie (notamment les petites et moyennes entreprises et, surtout, les salariés et les retraités aux revenus fixes) subissent l’inflation de plein fouet.
• Ils achètent à des prix déjà majorés alors que leurs revenus ne sont réévalués que plus tardivement, voire pas du tout. Leur pouvoir d’achat réel est donc érodé, ce qui constitue la source de financement de l’avantage accordé aux premiers bénéficiaires.
III. L’impôt caché : une question de légalité et de morale
Notre analyse conduit vers une critique de la nature éthique et légale de cette opération.
Le mécanisme de la création monétaire est qualifié d’impôt caché car il opère une réduction de la richesse disponible (la baisse du pouvoir d’achat) et un transfert de cette valeur vers l’État et ses partenaires, le tout sans vote législatif ni inscription visible sur les fiches de paie.
1. Milton Friedman
Économiste monétariste lauréat du prix Nobel, Milton Friedman a clairement dénoncé l’inflation comme une forme de taxation gouvernementale. Il écrit : « L’inflation est la seule forme de taxation que l’on puisse imposer sans législation. »
Cette citation résume parfaitement la nature cachée de l’impôt inflationniste. Elle s’opère par la dévaluation de la monnaie et non par une loi votée.
2. Murray Rothbard
Murray Rothbard a développé cette critique notamment dans son célèbre pamphlet, État, qu’as-tu fait de notre monnaie ?
Il écrit : « L’inflation, en substance, est une expropriation, un impôt, par lequel le gouvernement et ses bénéficiaires reçoivent la nouvelle monnaie en premier, jouissant des gains de richesse avant que les prix ne montent. »
Dans la pensée de l’école autrichienne d’économie, la création monétaire étatique est moralement équivalente au vol ou à la contrefaçon : les deux actes consistent à créer des titres de créance sans fondement productif, diluant la valeur de la monnaie détenue par autrui au profit des premiers bénéficiaires.
La comparaison avec la contrefaçon est frappante. L’acte technique d’émettre de la monnaie sans création de richesse sous-jacente est identique que l’auteur soit l’État (qui conduite une politique économique) ou un citoyen (qui commet un crime). La seule différence réside dans l’autorité légale d’émettre cette monnaie.
Conclusion : une redistribution de la richesse sans consentement
Le tour de force politique et sémantique consiste à faire accepter une forme de spoliation monétaire (le vol de pouvoir d’achat) comme une mesure économique légitime et bienveillante.
La question centrale pour le débat public et philosophique demeure donc : la politique monétaire n’est-elle pas, dans son essence, un impôt caché, qui n’a pas été voté et qui redistribue la richesse de manière non démocratique ?
Ressources
Murray Rothbard, What Has Government Done To Our Money : planb.academy/fr/resources/books/what-has-government-done-to-our-money
Approfondir
L’équipe Découvre Bitcoin recommande, pour aller plus loin, les cours suivants disponibles sur Plan ₿ Network :
HIS 204 Les origines du Laissez-Faire économique, en particulier le chapitre :
HIS 205 Histoire de la Monnaie, en particulier les chapitres :
7.5. Liens entre dilution monétaire et inflation : des causes aux conséquences
8.1. L’évolution des monnaies de réserve mondiales
ECO 104 Introduction à Bitcoin & Stablecoin, en particulier le chapitre 3.3. En quoi Bitcoin se distingue-t-il de la monnaie fiduciaire ?
ECO 201 Fondamentaux de l’école autrichienne d’économie, en particulier le chapitre :
1.2. L’argent, le crédit, les banques et les banques centrales
ECO 204 Études de cas d’hyperinflation, en particulier les chapitres :
HIS 205 Histoire de la Monnaie, en particulier le chapitre :